La Lorraine belge se divise en deux sous-régions:
d'une part la Gaume à l'ouest et d'autre part l'Arlonide (Arelerland) à l'est;
les Gaumais parlaient le Wallon et les Arlonais, le Francique
mosellan. Pourquoi cette division?
Rappelons qu'avant l'arrivée de Jules César en Gaule, notre
pays était occupé par les Trévires, peuple celte originaire de
l'est de l'Europe.
Ce fut ensuite la domination romaine qui fit régner chez nous,
pendant trois siècles, la paix et la civilisation.
Puis, au commencement du IV siècle de notre ère, une avalanche
de peuples barbares se jeta sur l'Empire romain et dévasta notre
territoire; ce sont les Francs ripuaires qui s'établirent chez
nous et y introduisirent une langue nouvelle, un dialecte haut-allemand:
le Francique mosellan qui est resté, jusqu'au XIXe siècle le
langage d'Arlon et de ses environs.
Souvent c'était la forêt qui faisait la démarcation entre les
races.
Ainsi, la toponymie, science auxiliaire de l'histoire,
nous apprend que dans les noms de lieux et de rivières, on
retrouve des origines celtiques tels Sesmara pour la Semois ou
Orolaunum pour Arlon, des origines latines et des origines
germaniques.
Si la carte toponymique de notre pays était faite aujourd'hui
comme l'est sa carte géologique, nous constaterions l'existence,
sur notre sol, de trois couches superposées de noms: la
première anté-romaine ou celtique; la seconde, romaine ou belgo-romaine;
la troisième, germanique.

La cité arlonaise est construite sur la ligne de faîte qui détermine le partage des eaux entre le versant rhénan à l'est et le versant mosan à l'ouest. Cette ligne atteint le territoire d'Arlon au carrefour de la Spetz, se confond avec l'avenue de Longwy, gagne le carrefour Liedel, gravit la colline Saint-Donat, rejoint le cimetière, contourne Bonnert, traverse la Côte-Rouge et emprunte la crête du bois du Beynert.
Contrairement à une tradition populaire, il est maintenant prouvé que la bourgade celtique, qui existait longtemps avant l'ère chrétienne, s'étalait non pas sur la colline arlonaise, mais bien au bord de la Sesmara naissante et sur le versant sud de la ville actuelle.
Au bois du Beynert, dans une sauvage vallée, au bord d'un ravin lavé par les eaux, il y a un endroit farouche: la Holle Fra Stein. Endroit magique; lieu de culte celtique? Dans l'abri sous la roche, des fouilles entreprises en 1980 ont permis de dégager des morceaux de céramique, un outillage lithique et des structures d'habitats: tous les âges sont représentés, depuis le mésolithique (environ 6000 Av. J.C.) jusqu'à l'époque romaine.

Si les arlonais savent que l'église Saint-Donat a été édifiée sur les ruines d'un oppidum romain, beaucoup ignorent l'existence d'un réseau de fortins aménagés par les Romains autour d'Arlon, pour protéger les deux routes militaires qui s'y croisaient.
L'histoire nous apprend que les Romains assuraient leurs
conquêtes par l'organisation de voies militaires jalonnées de
fortins appelés "Castella"; en effet, dès leur
arrivée sur notre territoire, ils dûrent se protéger contre
les rebellions des farouches Gaulois et plus tard contre les
invasions des hordes guerrières venant de l'est.
Pour surveiller ces routes et défendre leur territoire, ils
choisissaient un promontoire naturel à proximité d'un cours d'eau
et de forêts ainsi qu'en témoignent les vestiges de quelques
fortifications subsistant autour d'Arlon. Le centre de ce
dispositif était la colline d'Arlon d'où l'on peut voir: Le Burgknap
au sud de Heinstert, le Kasselknap au nord-est
de Bonnert, le Karlsberg au nord de
Clairefontaine et le Kaschtel au nord-ouest de
Messancy.
La légende rapporte que les légionnaires veillaient au haut des tours et communiquaient entre eux, à des heures régulières, de jour et de nuit, au moyen d'une télégraphie naturelle par signes ou par flambeaux; la tradition a conservé le souvenir des maîtres de ces châteaux forts qui n'allaient jamais prendre le repos de la nuit sans se souhaiter une bonne nuit. C'est la "Légende des fortins".
A.- C'est vers la fin du IIIe siècle que les Gallo-romains édifièrent autour de la butte d'Arlon un rempart imposant destiné à se protéger contre les invasions germaniques. L'on ne sait pas grand-chose sur ce premier rempart si ce n'est par la découverte de nombreux blocs de pierre taillés et souvent ornés de reliefs sculptés provenant de monuments funéraires démantelés et servant d'assises à la muraille. Deux tours d'enceinte ont été mises au jour l'une en 1948 et l'autre en 2009, ce qui suppose l'existence d'un "castrum" d'environ 300 m sur 250 m protégeant les habitants de l'"Orolanum vicus" qui s'étalait au pied de cette citadelle.
B.-Il est probable qu'au moyen âge, fut édifiée une enceinte plus large ainsi qu'en témoigne un plan dressé en 1550 par Jacobus Van Deventer; deux portes permettaient l'accès à la petite ville, l'une vers Luxembourg et l'autre vers Bastogne; le château comtal fut détruit par les troupes du duc de Guise en 1558 et sur ses ruines fut construit en 1626 le couvent des Capucins grâce au gouverneur d'Arlon Pierre-Ernest de Cobreville (1580-1640).
C- La citadelle française fut édifiée en 1682 sur les plans de Vauban par le marquis Henri de Lambert (1631-1686), gouverneur d'Arlon, pendant l'occupation française qui dura de 1681 à 1697.

